Le petit-déjeuner des paradoxes à Washington

Washington, février 2026. Dans la salle feutrée du National Prayer Breakfast, les prières se mêlent aux calculs géopolitiques. Félix Tshisekedi, seul chef d’État africain convié, se lève pour parler de réconciliation et de paix. À ses côtés, Donald Trump, maître de la mise en scène, l’adoube publiquement en le traitant d’« un homme courageux et merveilleux ».
Mais derrière les bénédictions, les paradoxes s’empilent à travers un rituel spirituel transformé en vitrine diplomatique, un discours de ponts et de paix face à une rhétorique d’ego et de victoire, un président congolais célébré comme pacificateur alors que la région des Grands Lacs reste fragile, un adoubement américain qui sonne autant comme reconnaissance que comme rappel des intérêts miniers stratégiques.
L’image à retenir est saisissante dès lors qu’elle présente un homme de paix, priant pour la réconciliation, adoubé par un homme de pouvoir, priant pour la victoire.
Le petit-déjeuner devient ainsi un banquet de paradoxes avec le pain rompu symbolise la paix, mais derrière, c’est le cobalt et le cuivre qui nourrissent les appétits. La prière universelle se double d’une bénédiction géostratégique de l’Afrique, invitée à la table, mais surtout pour ses ressources. Le courage célébré est autant celui de l’homme que celui du marché.
Cette scène restera comme une capsule de mémoire présentant Tshisekedi comme une figure de réconciliation, adoubé dans un rituel américain où la spiritualité se confond avec la diplomatie des minéraux critiques. Une image à la fois solennelle et ironique, où la prière devient protocole et l’adoubement, stratégie.
Laurent BUADI
