La prise de Uvira par l’armée Rwandaise, une erreur de trop...: Patrick Muyaya dénonce la mise en péril de l’accord de Washington par Kigali !

La boulimie est une tare dont les conséquences se paient cash. Paul Kagame est entrain d’en faire l’experience en ce moment. Lui qui avait toujours mené la guerre à la RDC tapi dans l’ombre, Réfutant n’être pas impliqué d’une manière ou d’une autre dans l’insécurité dans l’Est de son voisin, la traitant de problème “congolo-congolais”. Pour quiconque lui demandait :”Tes soldats sont en RDC”, sa réponse était directe et presque mécanique : “ Je ne sais pas”. En parallèle, Félix Tshisekedi n’arrêtait de l’acculer en le designant aux yeux du monde comme le semeur des troubles.
La logique de Tshisekedi a fini par donner lieu à l’accord de Washington que Kagame a signé presque la corde au cou, le même accord qu’il avait esquivé de signer à Luanda. Signe de temps. Le fait d’avoir apposé sa signature sur l’accord de paix à Washington l’a diplomatiquement fragilisé. Et il le sait mieux que quiconque. Poussé ainsi dans ses derniers retranchements, Kagame va tenté ce qu’il estime être un baroud d’honneur en mettant dans son escarcelle la ville de Uvira sur laquelle, les yeux du monde entier étaient braqué depuis des mois. Les FARDC et les Wazalendo s’y étant farouchement défendu pour éviter de laisser cette bourgade tomber entre les mains ennemies. Mais finalement, Kagame y a dans sa folle, déployé plusieurs de ses militaires et usé des pratiques peu conventionneelles pour faire fléchir la résistance qui lui était opposé. Une erreur qu’il fallait éviter. Parce que le monde entier a vu et crié haro sur le baudet. Kagame venait de se démarquer.
Au Conseil de sécurité des Nations Unies, les USA mettent Kagame dos au mur.
Parce que cette boutade du Rwanda n’est pas passée inaperçue, le Conseil de sécurité des Nations Unies a d’urgence convoqué une réunion vendredi dernier pour débattre sur cette question. Et l’on a du lire la déception des uns et des autres sur leurs visages et dans leurs déclarations. Le cas des États-Unis qui ont, sans porter des gants, accusé le Rwanda de soutenir directement le M23 dans ses offensives à l’Est de la RDC en lui fournissant hommes et armes sophistiquées. Du coup, Washington estime que le Rwanda viole intentionnellement les engagements de paix en appuyant militairement le M23 et demande explicitement le retrait du M23 et des forces rwandaises des positions occupées dans l’Est du Congo. Pour Washington, Kagame a planifié personnellement la conduite des opérations militaires dans la partie orientale de la RDC et affirme être prêt à recourir à tous les outils à sa disposition pour amener Kigali à répondre de ses actes.
À l’ONU, les USA ont même affirmé que le Rwanda mène la région des Grands Lacs vers la guerre en soutenant le M23. Ces déclarations ne laissent plus place à l’ambiguïté : pour Washington, le Rwanda est un acteur direct du conflit, pas un simple voisin inquiet.
Cette position de Washington a poussé certains observateurs à se demander si Kigali n’a pas détruit le scénario du conflit prétendument interne qui lui a toujours servi de parade pour avancer masqué en RDC ? Et les autres de répondre positivement en grande partie, à cette lecture mais avec nuance. Soutenant que le narratif “congolo-congolais” est devenu intenable, car pendant longtemps, Kigali a tenté de présenter la crise comme un problème interne congolais en parlant de tensions communautaires, mauvaise gouvernance, groupes armés locaux et l’incapacité de Kinshasa à stabiliser l’Est.
Mais pourtant, les révélations américaines, combinées aux rapports onusiens et aux preuves accumulées sur le terrain, viennent de rendre ce discours quasiment impossible à défendre.
Quand la première puissance mondiale affirme publiquement que le Rwanda arme, finance, coordonne, et accompagne militairement le M23, alors le vernis du “conflit interne” tombe.
Kigali a ainsi surexposé le M23 en le poussant à des offensives spectaculaires (Uvira, zones stratégiques, corridors économiques), Kigali a dévoilé la sophistication militaire du mouvement, incompatible avec un simple groupe rebelle local et attiré l’attention internationale en provoquant des accusations directes de la part des USA, de l’ONU et de plusieurs chancelleries.
Autrement dit, plus le M23 gagne du terrain, plus il devient évident qu’il ne le fait pas seul. Voilà comment le Rwanda a fragilisé sa propre stratégie diplomatique en voulant apparaître comme un médiateur, un acteur rationnel et un partenaire sécuritaire fiable.
Les accusations américaines, très explicites, sapent cette posture et renforcent l’idée que Kigali instrumentalise le M23, poursuit des objectifs géostratégiques en RDC, et manipule le discours régional.
Les faits et les déclarations américaines montrent que le Rwanda a lui-même détruit le narratif d’un conflit interne. En poussant trop loin l’aventure militaire du M23, Kigali a exposé son implication, perdu le contrôle du récit, et ouvert la voie à une requalification internationale du conflit.
La question qui reste à se poser est de savoir ce que fera la communauté internationale de ces révélations. Parce que reconnaître une agression est une chose ; agir en est une autre.
Laurent BUADI
