Kinshasa et Kigali se battent sur un autre terrain...: Quand la guerre des ondes s’ajoute à celle des armes !

Dans les salons feutrés de Kinshasa, on parle désormais d’une guerre invisible. Non pas celle des chars ou des drones, mais celle des fréquences. Les ondes, ces voix sans visage, deviennent champ de bataille. Le Rwanda, accusé d’occuper frauduleusement le spectre congolais, se retrouve peint en pirate des airs. Kinshasa s’indigne parce qu’après les frontières terrestres, voilà que les frontières hertziennes sont franchies.
Et le paradoxe est savoureux : les autorités qui peinent à se faire entendre dans les marchés ou les villages découvrent soudain que leurs discours peuvent être brouillés par un voisin trop bavard. La souveraineté numérique devient une nouvelle liturgie, récitée avec gravité, mais parfois sans micro qui fonctionne.
Dans cette guerre des ondes, chaque communiqué officiel ressemble à une station radio mal réglée, beaucoup de grésillements, quelques mots audibles, et une certitude répétée : « Nous défendons notre territoire ». Mais le territoire, ici, est fait de signaux invisibles, de voix qui s’entrecroisent, de spectres qui échappent aux frontières dessinées sur les cartes.
LE NOEUD DU PROBLèME…
En effet, la tension entre Kinshasa et Kigali vient de prendre une tournure technologique. La RDC accuse MTN Rwanda d’utiliser illégalement ses fréquences télécoms sur le territoire congolais.
Pour comprendre ce qui s’est passé, le 10 février 2026, la Première ministre Judith Suminwa a convoqué une réunion urgente avec le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, José Mpanda Kabangu, ainsi que l’ARPTC et les principaux opérateurs (Airtel, Orange, Vodacom).
Selon le ministre, MTN Rwanda exploiterait des fréquences congolaises sans autorisation officielle, ce qui est considéré comme une intrusion numérique et une atteinte à la souveraineté nationale. Kinshasa parle d’une occupation illégale du spectre radioélectrique, assimilée à une violation territoriale numérique.
Les enjeux derrière l’affaire peuvent être compris sous ces prismes : sur le plan de la souveraineté numérique, contrôler ses fréquences, c’est protéger son espace de communication, au même titre que ses frontières terrestres. En ce qui concerne la sécurité nationale, une utilisation non autorisée des fréquences peut faciliter l’espionnage, l’ingérence ou la perturbation des réseaux. Tandis que du point de vue diplomatie, cet épisode s’ajoute aux accusations récurrentes de soutien du Rwanda aux rebelles du M23, renforçant la méfiance entre les deux pays.
On voit ici une extension du conflit vers le champ invisible des ondes. La guerre n’est plus seulement militaire ou diplomatique, elle devient aussi technologique et symbolique qui contrôle la voix, le signal, la mémoire numérique du territoire. C’est un terrain où satire et analyse peuvent se croiser, car l’« occupation des fréquences » illustre parfaitement le paradoxe d’une souveraineté proclamée mais fragilisée par des intrusions invisibles.
Laurent BUADI
