Deuxième recensement de la population en RDC: Plus qu’un pari pour FATSHI !

“Nous pourrions dire que cette table ronde aura marqué le point de départ d’une Nouvelle ère, celle d’un Congo qui se connaît mieux, se planifie mieux et avance avec plus de lucidité de maîtrise de sa propre transformation”, a déclaré Tshisekedi lundi dans son discours sur le lancement de la table ronde organisée par le Ministère du Plan et Coordination de l’Aide au Développement, avec l’appui de l’UNFPA, sous le haut patronage du président Félix Tshisekedi, conduite par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.
Les leçons à tirer de cette prise de parole du chef de l’État sont nombreuses et il s’agit d’un tournant symbolique parce qu’en parlant de « nouvelle ère », le Président Tshisekedi place le recensement comme un acte fondateur. Cela traduit une volonté de rompre avec quatre décennies d’approximation statistique. Il est aussi question de la connaissance de soi comme souveraineté. Pour un Congo qui se connaît mieux, le recensement est présenté comme un outil d’identité nationale. Du coup, compter sa population devient un geste de maîtrise et de dignité.
La planification rationnelle devient un leitmotiv dans la mesure où, le discours du président de la République insiste sur « se planifier mieux » qui signifie que les politiques publiques doivent désormais s’appuyer sur des données fiables. Pour plus d’un observateur, c’est une reconnaissance implicite que l’absence de chiffres a longtemps handicapé la gouvernance. Pourtant, la lucidité dans la transformation pousse le chef de l’État a suggèrer que le développement ne peut plus reposer sur des illusions ou des promesses vagues. Parce que le recensement est présenté comme un outil de vérité, qui oblige à confronter les réalités.
Ainsi, une nouvelle ère s’annonce et si l’ère précédente a duré quarante ans sans compter ses habitants, on peut s’empêcher de craindre que la nouvelle commence par compter les promesses avant les personnes. Mais l’on n’en est pas encore là.
Après quarante ans d’approximation, du coup, le recensement devient plus qu’un simple exercice statistique, mais un acte de souveraineté nous poussant enfin à compter par nous-mêmes, et non dépendre des projections extérieures.
Le recensement devient un outil de réforme pour ajuster les politiques publiques sur des données réelles, pas sur des estimations fantaisistes. Et un moment de mémoire collective pour inscrire chaque citoyen dans le registre national, comme une reconnaissance de son existence. Comme levier de développement, le recensement va permettre de planifier les infrastructures, les écoles, les hôpitaux, en fonction des besoins réels.
SORTIR DU TUNNEL…
« Quarante ans sans recensement, c’est comme marcher dans le noir. Mais si l’on allume enfin la lampe, on découvre que la maison est pleine de monde, et que les promesses doivent se multiplier. »
Ce retard, aussi choquant soit-il, donne paradoxalement au recensement une force symbolique dès lors qu’il peut marquer un tournant, une renaissance institutionnelle, et devenir la pierre angulaire d’une planification crédible.
Si espérer réaliser un recensement quatre décennies après le dernier est une anomalie criante, cela révèle à la fois un déficit institutionnel et une fragilité chronique dans la gouvernance statistique du pays.
RAPPEL HISTORIQUE
Le tout dernier recensement complet de la population en RDC, a été réalisé en 1984. Depuis, la RDC a fonctionné avec des estimations démographiques approximatives, souvent contestées. Avec comme conséquence : les politiques publiques, les budgets provinciaux et même les répartitions électorales se sont appuyés sur des chiffres incertains.
Les paradoxes de cette situation auront été vus sous le prisme d’un pays immense sans chiffres fiables où l’on ne sait avec exactitude, planifier des routes, des écoles ou des hôpitaux sans savoir combien de citoyens doivent en bénéficier.
UN RETARD QUI COûTE CHER…
Quatre décennies d’approximation statistique signifient des décennies de développement mal calibré.
Quarante ans sans recensement, c’est comme gérer une maison sans jamais compter ses habitants. On cuisine pour dix, mais on est cinquante à table. On construit une école pour cent élèves, mais trois cents enfants s’y entassent. Et quand vient l’heure des élections, on distribue les cartes comme au loto, espérant que les chiffres tombent juste.
C’est une anomalie. Mais c’est aussi une opportunité historique dans la mesure où, si le recensement se réalise enfin, il peut devenir un tournant majeur pour la planification et la crédibilité institutionnelle de la RDC.
À la sortie de la salle où se tenait la cérémonie officielle, un acteur de la société civile a ironisé : « Le Président a éclairé la salle avec des mots lumineux, mais dans les villages, les lampes-tempête continuent de brûler. On promet de compter chaque Congolais, mais on ne compte toujours pas les kilomètres de routes impraticables. On parle de transparence, mais les chiffres risquent de rester opaques pour ceux qui n’ont jamais vu un registre officiel. »
Cette boutade met en relief le paradoxe d’un discours qui promet de compter les citoyens, alors que les citoyens attendent surtout d’être pris en compte.
QUE RETENIR DE LA DÉMARCHE ?
Pour mémoire, les bailleurs de fonds au premier plan pour le deuxième recensement de la population en RDC sont principalement les agences du système des Nations Unies (notamment l’UNFPA/FNUAP), la Banque mondiale, l’Union européenne, ainsi que plusieurs partenaires bilatéraux comme la Belgique et la France. Leur rôle est d’apporter un financement technique et logistique pour couvrir les 192 millions USD nécessaires.
Si le Ministère du Plan a organisé la table ronde du 23 mars 2026 pour mobiliser ces financements, le Vice-Premier ministre du Budget et la Première ministre Judith Suminwa Tuluka ont, eux, insisté sur la nécessité d’un engagement ferme et durable. Le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies en RDC, Bruno Lemarquis, a rappelé que le recensement est une condition préalable pour une planification crédible.
Du point de vue des enjeux, il va de soi que la fiabilité des données vaut son pesant d’or, parce que sans financement complet, le recensement risque d’être partiel. C’est aussi le cas avec la neutralité politique tant que les bailleurs exigent une opération indépendante pour éviter toute manipulation électorale. Pour la durabilité, les partenaires veulent que les capacités statistiques nationales soient renforcées, pas seulement financées ponctuellement.
COMPTER POUR EXISTER…!
Kinshasa bruisse aujourd’hui d’un mot magique : recensement. Les bailleurs de fonds, réunis en grande pompe, promettent des millions pour que chaque Congolais soit enfin compté. On parle de 192 millions USD pour savoir combien nous sommes, où nous vivons, et comment nous respirons.
Mais derrière les discours solennels, un paradoxe éclate : le recensement devient alors une métaphore nationale : compter pour exister, mais exister sans être pris en compte.
En bref, les bailleurs, stylo en main, signent des promesses de financement ; les ministres, sourire aux lèvres, parlent de « transparence » et de « rigueur », pendant ce temps, dans un village du Kwilu, une grand-mère demande :
La table ronde est une lueur d’espoir, certes. Mais tant que les chiffres ne se traduiront pas en routes, en écoles, en hôpitaux, le recensement risque de rester un rituel statistique : une cérémonie où l’on compte les promesses plus que les personnes.
À tout prendre, la table ronde des bailleurs de fonds qui s’est tenue lundi, à Kinshasa pour financer le deuxième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2) est un signal positif, elle peut ouvrir une lueur d’espoir pour la planification du développement en RDC, à condition que les promesses de financement se traduisent en engagements concrets.
IMPORTANCE STRATÉGIQUE DU RECENSEMENT
Pour la base de données fiable, le RGPH-2 permettra de connaître la population réelle, sa répartition géographique et ses caractéristiques socio-économiques. À l’arrivée, la planification sera aisée pour les politiques publiques (santé, éducation, infrastructures, agriculture) pourront être alignées sur des données précises. Un réel avantage pour le Budget et les investissements dès lors que les bailleurs de fonds et partenaires internationaux exigent souvent des statistiques fiables pour orienter leurs financements. Le coût estimé du recensement est d’environ 192 millions USD pour l’ensemble de l’opération.
ENJEUX POUR LE DéVELOPPEMENT
La transparence et la crédibilité est le prix à payer parce que le recensement doit être mené de manière indépendante et rigoureuse pour éviter les contestations. Pour la stabilité politique, des chiffres clairs sur la population peuvent réduire les tensions liées au découpage électoral et à la représentativité.
Quant à la décentralisation, les provinces auront des données fiables pour planifier leurs budgets et projets. Le suivi des ODD pourra en bénéficier largement aussi longtemps que le recensement est indispensable pour mesurer les progrès vers les Objectifs de développement durable.
Comme quoi, la table ronde aura été une étape cruciale qui augure une lueur d’espoir pour une planification rationnelle du développement en RDC. Mais l’espoir ne deviendra réalité que si les financements promis sont effectivement mobilisés et si l’opération est menée avec rigueur, transparence et indépendance.
Un dossier de Laurent BUADI
