Mine de Rubaya, le caillou de la RDC dans la chaussure de Washington !

Rubaya, ce nom qui sonne comme une promesse de richesse, est devenu le caillou que Kinshasa glisse dans la chaussure des grandes puissances. En inscrivant cette mine sur la liste des actifs stratégiques proposés aux États-Unis, la RDC n’offre pas seulement du tantale, elle offre un dilemme. Car Rubaya n’est pas une mine, c’est un théâtre. Sur scène, Washington applaudit l’initiative congolaise, soucieux de sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Dans les coulisses, le M23 contrôle le rideau, avec Kigali en régisseur officieux. Résultat : un partenariat bilatéral qui ressemble à une pièce où l’acte principal est joué par des acteurs que Kinshasa n’a pas invités.
Le paradoxe est savoureux dès lors que pour les analystes, la RDC propose aux Américains un joyau qu’elle ne possède pas pleinement en cette période de conflit sécuritaire avec son voisin, le Rwanda. C’est comme offrir une maison dont les clés sont gardées par le voisin. Et ce voisin, Paul Kagame, n’a pas l’habitude de rendre les clés sans condition.
Alors, que feront les États-Unis ? Monter sur scène et improviser, au risque de froisser Kigali ? Ou rester dans la salle, applaudissant poliment, tout en évitant de se mêler à la querelle des coulisses ? Que de questions qui cherchent réponses.
À tout prendre, Rubaya devient ainsi un symbole d’une souveraineté congolaise affirmée, mais contestée, celui d’une diplomatie américaine qui doit jongler entre principes et pragmatisme et surtout, celui d’un Rwanda qui, en coulisses, tire les ficelles d’une pièce dont il n’est pas officiellement l’auteur.
Et dans l’entretemps, le public assiste à ce spectacle avec un mélange de fascination et de lassitude. Car au fond, Rubaya n’est pas seulement une mine, mais c’est une métaphore. Une métaphore de l’Afrique des Grands Lacs, où chaque caillou peut devenir un diamant ou un projectile diplomatique.
Rubaya ou l’art de gommer les frontières
On croyait les frontières tracées à l’encre indélébile des résolutions internationales. Mais Kigali, pinceau à la main, redessine la carte comme un artiste capricieux. Rubaya devient alors une toile où la RDC y voit un joyau national, les États-Unis un actif stratégique, et le Rwanda un terrain de jeu.
Les diplomates s’épuisent à répéter le refrain du respect de l’intégrité territoriale. Mais à force de chanter, leurs voix se perdent dans le vacarme des bulldozers et des pick-up armés. Rubaya illustre cette comédie d’un pays offre une mine qu’il ne contrôle pas, un voisin la revendique sans l’avouer, et une puissance mondiale hésite à entrer dans la danse.
Au fond, l’affaire est cocasse parce qu’elle révèle une vérité crue démontrant que dans les Grands Lacs, les frontières sont des suggestions, les résolutions des prières, et les mines des aimants qui attirent les ambitions plus sûrement que les sermons.
En conclusion, Rubaya n’est pas une mine, c’est un miroir qui reflète l’appétit de ceux qui se croient au-dessus des frontières, en faisant que l’intégrité territoriale est devenue une promesse écrite en majuscules, mais l’expansionnisme préfère les ratures.
UN POINT DE TENSIONS…
La mine de Rubaya est devenue un point de tensions majeures dès lors que Kinshasa l’a inscrite sur la liste restreinte d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre du partenariat sur les minéraux critiques. Or, ce site est situé au Nord-Kivu et actuellement sous contrôle du mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda selon plusieurs sources.
Les enjeux de ce site minier sont avant tout économiques, parce que Rubaya est l’un des gisements les plus riches au monde en tantale, essentiel pour l’électronique, l’aéronautique et l’énergie. Sa valeur stratégique attire l’attention des grandes puissances. Les enjeux sont également politiques parce qu’en proposant ce site aux États-Unis, Kinshasa cherche à renforcer son partenariat avec Washington et à sécuriser un appui face aux pressions régionales. Quant aux enjeux sécuritaires, le contrôle effectif de la mine par le M23/AFC, avec un soutien présumé du Rwanda, rend la proposition hautement sensible. Cela place les États-Unis dans une position délicate : accepter l’offre reviendrait à s’impliquer indirectement dans un conflit régional.
Pour ceux qui pensent que l’on peut s’attendre à un frontal USA–Rwanda à ce sujet, des milieux diplomatiques tranchent qu’il est peu probable que Washington engage un affrontement direct avec Kigali. Les États-Unis privilégient généralement une approche diplomatique, cherchant à maintenir des relations avec les deux pays. Toutefois, on peut anticiper une intensification des pressions américaines sur le Rwanda, via des canaux diplomatiques ou multilatéraux. Les États-Unis pourraient aussi pousser pour une solution négociée, afin d’éviter que leur partenariat avec Kinshasa ne se transforme en confrontation ouverte. Mais la symbolique forte à retenir, c’est que l’inclusion de Rubaya dans la liste est un signal politique de Kinshasa, qui met Washington face à ses responsabilités dans la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.
En résumé, il est plus réaliste d’attendre une montée des tensions diplomatiques et des pressions indirectes sur Kigali, plutôt qu’un affrontement frontal. Mais cette décision de Kinshasa place les États-Unis dans une zone de friction où leurs choix auront un impact sur l’équilibre régional.
Laurent BUADI
