L’Ouganda, un pays brillant dans les bilans d’or sans être un grand producteur !

 L’Ouganda, un pays brillant dans les bilans d’or sans être un grand producteur !

En 2025, l’Ouganda a vu ses exportations d’or bondir de plus de 75 %, atteignant environ 5,8 milliards de dollars, ce qui en fait son premier produit d’exportation devant le café. Pourtant, le pays n’est pas connu comme un grand producteur aurifère à l’échelle africaine.

Ouganda devient ainsi l’exportateur de l’or, sans mines, selon les statistiques ci-dessus qui en font un pays brillant dans les bilans sans être un grand producteur, symbole d’une diplomatie économique opportuniste. Tandis que la RDC reste le producteur invisible avec environ 26 tonnes en 2024–2025, concentrées à la mine industrielle de Kibali (Barrick Mining). Avec à la clé, une production artisanale massive dans l’est du pays, mais largement détournée par la contrebande, l’or congolais alimente les raffineries ougandaises et rwandaises, gonflant leurs chiffres d’exportation. Quand l’Ouganda compte ses milliards, le Congo compte ses pertes. L’un exporte sans produire, l’autre produit sans exporter. Deux faces d’un même lingot, poli par la contrebande. À l’arrivée, la RDC est un pays riche en ressources, mais appauvri par l’absence de contrôle et la fuite de ses richesses. Ce contraste du cas de Kampala s’explique parce que la production nationale est limitée, l’Ouganda n’a pas de mines d’or majeures comparables à celles du Ghana ou de l’Afrique du Sud. Mais par son rôle de hub régional, le pays s’est imposé comme un centre de raffinage et de réexportation, notamment via la raffinerie African Gold Refinery (AGR). Une partie importante de l’or exporté provient de pays voisins, notamment la RDC, le Soudan du Sud et la Tanzanie avant d’être transformé et expédié depuis l’Ouganda. L’arnaque. L’effet prix y ajoute du sien dans la mesure où, la flambée des cours mondiaux de l’or en 2025 (+64 %) a dopé la valeur des exportations, même si la production locale reste marginale. L’a’arrivée de sociétés spécialisées dans le négoce et le raffinage a également renforcé la capacité du pays à capter et redistribuer l’or régional. En résumé, l’Ouganda n’est pas devenu soudainement un grand producteur, mais plutôt un acteur stratégique du commerce régional de l’or, profitant de sa position géographique et de ses infrastructures de raffinage. C’est un cas typique où les statistiques d’exportation reflètent davantage un rôle de transit et de transformation qu’une véritable production nationale.

Comparaison des grands producteurs africains (2025)
La production estimée en 2025) et le rôle joué sur le marché, présente le Ghana en tête de distribution, comme premier producteur africain, porté par l’exploitation artisanale et industrielle avec 186,6 tonnes (6 M onces). Talonné par l’Afrique du Sud avec une estimation de 110–120 tonnes. L’ancien leader a des mines industrielles en déclin mais il reste toujours un acteur majeur. Puis vient le Mali avec 60–70 tonnes, signe d’une production stable et une dépendance aux grandes compagnies minières. La Tanzanie s’aligne avec 50–55 tonnes qui en font une croissance modérée pour jouer un rôle au niveau régional. L’Ouganda ferme la manche à travers une production locale marginale d’au moins 10 tonnes, ce qui n’en fait pas un grand producteur, mais pourtant exporte pour 5,8 milliards USD grâce au raffinage et à la réexportation.

L’or ougandais, miroir aux alouettes ?
En 2025, l’Ouganda s’affiche comme un champion des exportations aurifères, dépassant le café et propulsant son économie dans les statistiques régionales. Mais derrière ce succès se cache une réalité plus trouble : l’or ougandais est souvent de l’or congolais, soudanais ou tanzanien, raffiné à Entebbe avant d’être expédié vers Dubaï ou l’Europe. La contrebande s’avère ici comme moteur parce que les flux informels, issus de l’exploitation artisanale dans l’est de la RDC, alimentent massivement les raffineries ougandaises et les chiffres officiels masquent ainsi une dépendance à des circuits opaques. Le paradoxe institutionnel à noter est le fait que l’État ougandais se félicite de ses recettes, mais ferme les yeux sur l’origine douteuse du métal jaune. Ce silence interroge : est-ce une stratégie délibérée pour capter la rente régionale, ou une incapacité à réguler ?
L’or ougandais devient ainsi une métaphore de la diplomatie africaine : briller à l’extérieur, mais refléter les contradictions internes. Comme un miroir aux alouettes, il attire les investisseurs tout en rappelant que la richesse affichée n’est pas toujours produite par le pays qui la revendique.

Laurent BUADI

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