Le Trophée de la CAF en exil !

 Le Trophée de la CAF en exil !

Le football africain vient de basculer dans une zone grise où la mémoire et le règlement s’entrechoquent. Un trophée brandi dans les rues de Dakar devant des foules excités et célébré devant les caméras du monde entier, mais qui se retrouve aujourd’hui retenu par la CAF, suspendu entre deux nations comme une valise diplomatique.

En effet, le Sénégal a gagné sur le terrain, mais perdu dans les bureaux. Le Maroc est sacré champion, mais sans avoir soulevé le trophée au soir de la finale. Et la CAF, en appliquant la lettre froide du règlement, a ouvert une brèche : désormais, chaque sélection entre sur le terrain avec la peur qu’un geste de protestation efface une victoire vécue.
Ce n’est plus seulement une affaire de sport, c’est une jurisprudence africaine dès lors que la CAN devient le théâtre où l’on gagne avec les pieds, mais où l’on peut perdre avec les stylos.
Le trophée, lui, n’est plus un symbole de gloire, mais un objet de conscience collective, suspendu entre la mémoire des peuples et la rigueur des institutions.
Il s’agit d’un trophée qui voyage comme une mallette de négociation, escorté par les règlements plutôt que par les dribbles.
Nous sommes là devant un cas de conscience et de jurisprudence.
Sur le plan sportif, le Sénégal a gagné sur le terrain, devant le monde entier, trophée en main. Sur le plan réglementaire, la CAF a appliqué à la lettre l’article 84, assimilant le retrait temporaire du terrain à un forfait. Sur le plan moral, la sanction paraît disproportionnée, car elle efface une victoire vécue et célébrée.
Ce décalage entre la réalité vécue et la règle appliquée crée le malaise parce que le football africain se retrouve ainsi pris entre la logique du jeu et la logique des bureaux.
La jurisprudence est en devenir dans la mesure où, si le TAS confirme la CAF -cela établira un précédent dur, où tout retrait du terrain, même temporaire, sera assimilé à un abandon. Les équipes devront se discipliner à l’extrême. Si le TAS annule la décision, cela ouvrira une brèche, en reconnaissant que la protestation n’est pas un forfait. Ce serait une jurisprudence qui redonne du poids à l’esprit du jeu.
Ce dossier devient une jurisprudence africaine tant qu’il ne s’agit plus seulement d’un trophée, mais d’un test grandeur nature sur la manière dont le droit sportif africain va arbitrer entre rigueur réglementaire et équité sportive. En somme, le trophée est devenu un objet de conscience collective, il incarne la tension entre la lettre et l’esprit ; entre la victoire vécue et la sanction administrative.

Laurent BUADI

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