Maximisation des recettes publiques: La RDC invitée à suivre le modèle sénégalais

 Maximisation des recettes publiques: La RDC invitée à suivre le modèle sénégalais

Une idée ingénieuse que celle expérimentée en ce moment par le Sénégal avec le système « gouvtech » pour digitaliser les paiements administratifs et réduire les occasions de corruption. En effet, en supprimant le contact direct entre les citoyens assujettis et les agents publics pour les transactions financières, on limite les marges de négociation informelle et les détournements. Ce modèle, pour maints analystes, serait idéal pour la RDC où les recettes publiques ont difficile à atteindre en totalité les caisses de l’État au profit des poches des agents percepteurs.

Pourquoi c’est malin, constatent les observateurs qui y voient la traçabilité s’imposer dès lors que chaque paiement laisse une trace numérique en rendant les fraudes plus difficiles. La transparence y trouve également sa place parce que les citoyens peuvent vérifier leurs opérations et l’État peut auditer plus facilement. Tandis que du point de vue accessibilité, les démarches deviennent plus rapides et moins dépendantes de l’humeur ou de la disponibilité d’un fonctionnaire inconscient.  À l’arrivée, il y a la réduction des coûts cachés du moment que c’est fini avec les « frais supplémentaires » imposés sous la table.

Mais pourtant, relèvent d’aucuns, un tel système n’est pas une baguette magique. Il faut une infrastructure numérique fiable (connexion, cybersécurité, maintenance), une inclusion digitale pour que les populations rurales ou moins connectées ne soient pas exclues et surtout une volonté politique constante, car la corruption peut se déplacer vers d’autres formes (attribution de marchés, recrutements, etc.).

À tout prendre, c’est une piste prometteuse, mais elle doit s’accompagner de l’éducation citoyenne et du contrôle institutionnel. Et si la RDC adoptait un système de paiement digital centralisé pour les frais administratifs, ce serait une véritable révolution pour les finances publiques avec l’augmentation des recettes. Les caisses de l’État recevraient directement les paiements, sans intermédiaires qui en siphonnent une partie.

Du coup, la réduction des fuites devient palpable avec moins de manipulation de cash, donc moins de détournements. Tandis qu’en terme de prévisibilité budgétaire, l’État pourrait mieux planifier ses dépenses grâce à une vision claire des entrées.

Ce que ça changerait pour les citoyens est le fait qu’il y aura moins de tracasseries. Fini les files interminables et les « frais informels » imposés par certains agents. Les citoyens verraient en outre, que leur argent va directement au trésor public à la suite de la modernisation des services constituant un pas vers une administration plus rapide et plus efficace.

Les conditions de réussite pour cette aubaine nécessite la mise sur pied d’une infrastructure numérique solide comprenant un réseau fiable, une cybersécurité et des plateformes accessibles. À ceci s’ajoute l’inclusion digitale pour la formation et l’accompagnement de façon que même les zones rurales puissent utiliser le système.

Oublier la volonté politique et le contrôle serait une erreur à éviter car, sans audits réguliers et sanctions, la corruption peut se déplacer ailleurs (marchés publics, nominations, etc.).

En somme, ce serait du « pain béni » pour les finances publiques, mais aussi un test de maturité institutionnelle. Le Sénégal montre que c’est possible, reste à voir si la RDC peut franchir le pas et imposer une discipline numérique à son administration.  À la DGRAD de saisir la balle au bond.

FEUILLE DE ROUTE POUR LA RDC

Phase 1 : Préparation institutionnelle

– Diagnostic : cartographier les flux financiers actuels et identifier les points de corruption les plus fréquents.

– Cadre légal : adopter une loi qui impose la digitalisation progressive des paiements administratifs.

– Volonté politique : créer une cellule interministérielle dédiée à la réforme numérique.

Phase 2 : Infrastructure et technologie

– Plateforme nationale : développer une application sécurisée pour les paiements (mobile et web).

– Partenariat avec opérateurs télécoms : utiliser le mobile money déjà répandu pour inclure les zones rurales.

– Cybersécurité : mettre en place un système de protection et d’audit en temps réel.

Phase 3 : Expérimentation pilote

– Secteurs ciblés : commencer par les services à forte interaction citoyenne (état civil, impôts locaux, permis).

– Villes pilotes : Kinshasa, Lubumbashi, Goma, avant extension nationale.

– Évaluation : mesurer l’impact sur les recettes et la satisfaction des citoyens.

Phase 4 : Généralisation

– Extension progressive : intégrer tous les ministères et services publics.

– Obligation légale : rendre le paiement digital obligatoire pour certaines démarches.

– Formation : accompagner les agents publics et les citoyens dans l’usage des outils.

Phase 5 : Contrôle et transparence

– Audits indépendants : publier régulièrement des rapports sur les recettes et les anomalies.

– Tableaux de bord publics : permettre aux citoyens de suivre l’évolution des recettes.

– Sanctions : appliquer des mesures disciplinaires contre les agents qui contournent le système.

Phase 6 : Inclusion et confiance

– Guichets numériques : installer des kiosques dans les zones rurales pour ceux qui n’ont pas de smartphone.

– Campagnes de sensibilisation : expliquer aux citoyens que leur argent va directement au trésor public.

– Feedback citoyen : créer un canal de plainte et de suivi pour renforcer la confiance.

En résumé, la RDC pourrait transformer son administration en une machine transparente et efficace, mais cela exige une combinaison de volonté politique, d’infrastructure numérique, l’inclusion sociale et le contrôle indépendant.

Laurent BUADI

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