La CENCO menacée par la division à caractère tribal !

Jamais la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-, n’a touché le fond de l’intolérable qu’en ce moment où un débat des linges sales qui auraient dus être lavés à l’interne mais l’ont été sur la place publique défraie la chronique et fait les choix gras des journaux. Personne n’est dupe : la CENCO est au bord de l’implosion avec la publication d’une lettre ouverte de Mgr Emmanuel Bernard Kasanda dénonçant des tares qui tiennent à la gorge cette structure : clientélisme, tribalisme, élections truquées…
Plus qu’un pamphlet, c’est une bombe, la lettre signée par Mgr Kasanda dont il pose les bases par cette introduction : “Éclairé par la Parole de Dieu et s’inspirant de la notion psychologique d’effet miroir selon laquelle, ce que nous voyons chez les autres, nous renvoie une image de nous -mêmes, je me permets une triple introspection qui partira des réalités sociales et ecclésiales de l’heure, en l’occurrence la pertinence et la régularité de nos prises de parole, le tribalisme et les fraudes électorales “.
En ce qui concerne l’attaque du “J’accuse de Mgr Kasanda”, il ne va pas par le dos de la cuillère en soulignant qu’il est persuadé qu’il y a un temps pour ne rien dire, un temps pour parler et un autre pour tout dire. De là, le prélat de Mbuji-Mayi martele qu’un homme qui parle trop se fait souvent moins entendre que celui qui ne parle pas assez. “Mais à vrai dire, nous sommes devenus la risée des voisins, la fable et le jouet de l’entourage “, tranche-t-il visiblement désappointé.
Puis, sans fausse modestie, Mgr Kasanda dégaine et tire sur tout ce qui bouge en terme des dérapages et anti valeurs dans le chef des dirigeants de la CENCO. Il ne porte pas de gants pour ce faire. L’attaque est frontale. Sans ménagement.
Si ses pairs accusent le coup mais gardent le silence, Abbé Nicolas Yamba Mutombo, un prêtre du diocèse de Kongolo, dans le Grand Équateur, a du mal à garder sa la langue dans sa poche. Du berger à la bergère, il pond à son tour une lettre ouverte adressée à Mgr Kasanda et intitulée : De la correction fraternelle au scandale public : Plaidoyer pour la dignité de notre Eglise et de la CENCO”.
DU BERGER À LA BERGÈRE…!
“C’est avec une profonde tristesse et une vive préoccupation que l’Eglise-Famille de Dieu qui est en RDC et partout ailleurs, et plus particulièrement ceux et celles qui observent avec attention et respect la mission de nos pasteurs (dont vous-même), a pris connaissance, non sans surprise, de votre correspondance du 23 février dernier adressée à vos pairs de la CENCO”, écrit monsieur l’abbé en rappelant que si la ”correctio fraterna” (correction fraternelle) est une vertu évangélique, une exigence et une nécessité ecclésiale, son étalage sur la place publique, en plus par le biais des médias sociaux, peut être diversement interprété : chantage, médisance, calomnie, haine, etc. Depuis, les langues se sont déliées et les commentaires vont dans tous les sens. Je ne sais pas comment vous vous sentez en ce moment ; mais si vous en êtes fier, alors vous avez réussi votre coup. “Votre lettre taraude les esprits et interroge gravement sur l’intention qui a sous-tendu votre démarche et surtout sur le moment choisi pour le faire. Pourquoi écrire seulement maintenant comme si les élections à la CENCO et au pays s’étaient déroulées hier ? Il va sans dire qu’il y a anguille sous roche. Je me sens obligé de vous coucher publiquement ces lignes parce que votre lettre a été rendue publique et fait parler d’elle et de votre digne personne”, demande l’auteur de la lettre ouverte avant de se pencher sur les réponses aux préoccupations de Mgr Kasanda, une après l’autre. “En exposant des griefs de ”tribalisme” et de ”tricherie” au sein même de l’instance suprême de l’Eglise en RDC, vous portez un coup dur et un préjudice grave à la réputation de vos pairs et à l’unité de l’Eglise Catholique RD Congolaise. “Les linges sales se lavent en famille”, dit-on, rappelle-t-il en notant que le Pasteur doit éviter tout ce qui peut provoquer le scandale ou ébranler la foi des fidèles.
Par cet écrit public, vous poussez les fidèles à douter de l’intégrité morale de la Conférence Episcopale du Congo -CENCO-, constaté l’auteur. Il incarne le découragement des âmes sensibles en conseillant qu’on ne peut s’accommoder de dénonciations publiques qui fragilisent le corps dont vous êtes membre : « L’Ordre des Evêques […] constitue, en union avec le Pontife Romain son chef, et jamais sans lui, le sujet d’un pouvoir suprême et plénier sur l’Eglise tout entière ».
MANQUE DE TOLÉRANCE
Un autre observateur de la situation, déçu par la démarche de Mgr Kasanda, écrit que la CENCO avait toujours critiqué Mobutu et sa gestion sans que les évêques de l’équateur ne disent le contraire, il enchaîne en rappelant que Joseph Kabila a été critiqué par la CENCO et des marches violentes organisées concomitamment sans que les évêques du Katanga ne déclarent le soutenir contre l’avis de la CENCO.
Le même observateur ne s’empêche nullement de noter qu’aujourd’hui, un évêque du Kasaï, envoûté par le tribalisme et corrompu se permet de soutenir son frère Félix TSHILOMBO contre l’avis de la CENCO. Soutenant malheureusement et contre les principes de bonne morale, qu’un kasaien, quel que soit son niveau intellectuel, son rang et ses croyances religieuses est d’abord UDPS
Une réaction qui, si elle est partagée par bon nombre de personnes, laisse croire que la CENCO risque d’être le détonateur d’une situation imprévisible au cas où l’on y prend garde. Pour éviter le pire, les pères de l’Eglise sont invités à mettre de l’eau dans leur vin et surtout éviter d’étaler leur penchant pour des hommes politiques de leur provinces d’origine. Autant Kasanda n’a pas caché son penchant pour Tshisekedi, autant Muteba ne s’était jamais gêné d’afficher sa proximité avec Kabila et pareil pour Ambongo envers Jean-Pierre Bemba. Le souverain pontife dont la tournée est annoncée en Afrique, pourra saisir l’occasion pour tenter de remettre la pendule à l’heure, estiment les analystes.
Le Journal
