Dans l’ombre de AFC-M23, Kampala tisse une guerre silencieuse

– Révélations explosives sur un soutien discret qui redessine le chaos à l’Est
À mesure que l’attention internationale se disperse, une réalité plus trouble se dessine dans l’Est de la République démocratique du Congo. Derrière les discours officiels et les condamnations diplomatiques, une dynamique silencieuse mais déterminante semble se structurer autour de Kampala, désormais perçue comme un acteur discret dans l’ombre de AFC-M23.
Selon un rapport publié le 4 avril par le Congo Research Group et le Center on International Cooperation, l’Ouganda aurait joué un rôle structurant dans la résurgence du M23. Une implication qualifiée de discrète, mais suffisamment documentée pour remettre en question la lecture classique du conflit dans les Grands Lacs.
Après sa défaite en 2013, le mouvement rebelle ne disparaît pas. Une partie de ses combattants trouve refuge dans un camp militaire ougandais, au sud-ouest du pays. Ce repli, loin d’être anodin, permet au groupe de préserver ses structures essentielles, en attendant un contexte plus favorable.
Un tournant s’opère en 2017 lorsque Sultani Makenga quitte l’Ouganda pour rejoindre les hauteurs du mont Sabyinyo. Ce déplacement, selon plusieurs sources, aurait été facilité par des réseaux militaires ougandais, amorçant une réactivation progressive du mouvement.
Dans un premier temps, ce retour ne s’inscrit pas dans une logique offensive. Il s’agit plutôt d’un redéploiement contraint de combattants marginalisés, survivant dans des conditions précaires, sans réelle capacité militaire. Mais à partir de 2021, la dynamique change. Le groupe se restructure, recrute et bénéficie de nouveaux appuis extérieurs.
Le camp de Bihanga, ancien site d’accueil, devient alors un point stratégique. Le rapport évoque une mobilisation organisée « avec la complicité » d’acteurs ougandais, sans en détailler précisément les mécanismes. Parallèlement, des éléments de la Uganda People’s Defence Force sont signalés dans certains dispositifs d’encadrement, renforçant les soupçons d’un soutien indirect.
Cette montée en puissance ne peut être dissociée des rivalités régionales. Les tensions entre Kigali et Kampala redessinent les équilibres. Dans ce jeu d’influences, l’Est congolais devient un théâtre stratégique où chaque acteur avance masqué. Le Rwanda, inquiet des ambitions ougandaises, aurait lui aussi réactivé ses leviers d’influence autour du M23.
Sur le terrain, les conséquences sont visibles. En quelques années, AFC-M23 passe de quelques centaines à plusieurs milliers de combattants, étendant son contrôle territorial et renforçant sa capacité militaire.
Cette expansion repose en partie sur des recrutements massifs. Certains proviennent de réseaux régionaux, notamment des camps de réfugiés, tandis que d’autres sont enrôlés localement, parfois sous contrainte. Des témoignages évoquent des quotas imposés aux communautés, accompagnés de pressions, voire d’enlèvements.
Les offensives récentes, notamment autour de Goma, ont accéléré cette dynamique. Le groupe affirme avoir formé des milliers de combattants supplémentaires, bien que ces chiffres restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
Dans les zones sous son contrôle, la discipline interne semble reposer sur des méthodes coercitives. Des rapports des Nations unies font état de conditions de formation extrêmement dures, marquées par des violences, des privations et des sanctions sévères contre toute tentative de désertion.
Ainsi, loin des projecteurs, une guerre silencieuse se tisse. Elle ne se limite pas aux affrontements visibles, mais s’ancre dans des réseaux d’influence, des rivalités régionales et des soutiens discrets qui redéfinissent, en profondeur, l’équilibre du conflit à l’Est de la RDC.
