FONCTIONNAIRES SANS PAIE, LA COLÈRE GRONDE: Caisses vides ou bug technique ?: La vérité sur les retards de paie

Kinshasa, 17 février. Dans les écoles, les hôpitaux, les ministères et plusieurs services publics, la même inquiétude domine : les salaires tardent à tomber. Pour de nombreux agents de l’État en République démocratique du Congo, la paie du mois n’a toujours pas été versée. Et derrière les portes des bureaux comme dans les quartiers populaires, l’angoisse grandit.
Car pour beaucoup de familles, ce salaire représente l’unique source de revenus. Chaque jour de retard fragilise un peu plus l’équilibre déjà précaire : loyers en attente, factures impayées, frais scolaires suspendus, soins médicaux différés. La tension sociale monte, même si les autorités appellent au calme.
LA VERSION OFFICIELLE : UN SIMPLE PROBLÈME TECHNIQUE
Réunie le 16 février sous la conduite de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, l’équipe gouvernementale a tenté de rassurer. Selon l’exécutif, il ne s’agirait pas d’un manque de liquidités, mais d’ajustements techniques dans le système de paie.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a affirmé que l’État dispose des ressources nécessaires et que tous les salaires seront payés dans un délai de 72 heures, soit au plus tard le 19 février. Il a précisé que certaines catégories, notamment les militaires, les policiers et les enseignants de Kinshasa, ont été servies en priorité.
Le message est limpide : la trésorerie ne serait pas en crise. Il s’agirait d’un dysfonctionnement temporaire.
UNE AUTRE LECTURE : LE PIÈGE DU TAUX DE CHANGE
Mais cette explication ne convainc pas tout le monde.
Le professeur Godé Mpoy avance une analyse différente : le problème serait lié au taux de change. Selon lui, la masse salariale aurait été calculée sur la base d’un dollar à environ 2 850 francs congolais. Or, avec l’appréciation du franc congolais, les recettes collectées en devises et converties en monnaie nationale rapporteraient moins que prévu.
Conséquence : un écart budgétaire imprévu qui complique le paiement régulier des agents publics. À cela s’ajouteraient des recettes fiscales de janvier inférieures aux objectifs fixés, accentuant la pression sur la trésorerie.
Si cette hypothèse est exacte, la difficulté serait donc structurelle et non simplement technique.
GESTION BUDGÉTAIRE EN CAUSE ?
L’économiste Patrick Mundeke, proche de l’opposant Moïse Katumbi, rejette cependant l’idée que la Banque centrale ou le taux de change soient les principaux responsables. Selon lui, la gestion des dépenses publiques et la planification budgétaire doivent être examinées de plus près.
Il rappelle que la Banque centrale assure la stabilité monétaire, mais ne décide ni des priorités budgétaires ni du calendrier des paiements. Pour lui, les retards pourraient résulter de prévisions trop optimistes, de recettes moins élevées qu’espéré ou d’arbitrages en faveur d’autres dépenses jugées urgentes.
Autrement dit, le problème serait davantage lié à l’équilibre global des finances publiques qu’à un simple bug informatique.
UNE PROMESSE SOUS SURVEILLANCE
La promesse d’un paiement sous 72 heures vise à calmer les esprits. Mais elle révèle aussi une pression évidente sur la trésorerie. Dans un contexte économique sensible, le moindre désajustement peut provoquer un effet domino.
Pour les fonctionnaires, toutefois, le débat technique importe peu. Ce qu’ils réclament, c’est la régularité. Un salaire versé à date fixe. Une gestion plus prévisible. Une transparence accrue.
Car au-delà des chiffres, ce sont des vies qui sont en jeu.
Si les paiements interviennent dans les délais annoncés, la crise immédiate sera désamorcée. Mais la question de fond restera posée : s’agit-il d’un incident isolé… ou du symptôme d’une fragilité plus profonde des finances publiques ?
Dans les bureaux comme dans les foyers, tous attendent la réponse — et surtout, le virement.
La Rédaction
