RDC : le CNSA entre dans la bataille constitutionnelle

 RDC : le CNSA entre dans la bataille constitutionnelle

Le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA) est sorti de sa réserve dans le débat de plus en plus tendu autour d’une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo. Dans une communication officielle publiée le 5 mai 2026, l’institution dirigée par Joseph Olenghankoy appelle les acteurs politiques à éviter toute initiative susceptible d’aggraver les tensions dans un contexte national déjà fragilisé par la guerre dans l’Est du pays.

Cette prise de position intervient alors que les discussions autour d’un possible troisième mandat de Félix Tshisekedi alimentent depuis plusieurs mois les débats politiques et médiatiques.

Le CNSA défend les acquis démocratiques
Dans son document, le CNSA insiste sur le caractère historique des principes inscrits dans la Constitution actuelle, notamment :

la limitation des mandats présidentiels, le suffrage universel, la séparation des pouvoirs, ainsi que l’État de droit.

L’institution rappelle que ces acquis sont le résultat de longues luttes politiques menées depuis l’indépCommunication du CNSA n° 070-CNSA-026 du 05 mai 2026endance du pays et consolidées à travers plusieurs dialogues nationaux et processus démocratiques.

Le texte évoque notamment :
la Conférence nationale souveraine,
les accords politiques intercongolais,
ainsi que les combats menés par plusieurs figures historiques de l’opposition congolaise, dont Étienne Tshisekedi.

Selon le CNSA, ces principes démocratiques ont été obtenus au prix de nombreux sacrifices et ne devraient pas être remis en cause dans un contexte de forte sensibilité politique.

Un contexte sécuritaire explosif
Le CNSA estime également que le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle détourne l’attention des priorités majeures du pays, notamment la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Alors que les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri restent confrontées à l’activisme des groupes armés, dont l’AFC-M23, l’institution appelle les autorités à concentrer leurs efforts sur le retour de la paix et la stabilité nationale.

Le document souligne que les tensions politiques internes risquent d’affaiblir davantage les institutions au moment où le pays fait face à d’importants défis sécuritaires et économiques.

Le dialogue comme voie de sortie
Face aux crispations actuelles, le CNSA plaide pour l’organisation d’un dialogue national inclusif. L’institution rappelle que plusieurs grandes crises politiques congolaises ont trouvé des solutions à travers des mécanismes de concertation et de consensus.

Dans cette logique, le CNSA encourage Félix Tshisekedi à poursuivre les consultations nationales afin de préserver la cohésion du pays et éviter une nouvelle crise institutionnelle.

Des critiques contre les “discours de division”

Le document contient également des critiques contre certains acteurs accusés d’alimenter les tensions politiques et sociales. Sans citer explicitement de noms, le CNSA dénonce des comportements jugés irresponsables de la part de personnalités politiques, religieuses et sociales qui contribueraient à polariser davantage le débat public.

L’institution appelle ainsi à la retenue et à la responsabilité de tous les acteurs afin d’éviter une escalade politique dans les mois à venir.

Un débat désormais relancé
Cette communication intervient dans un climat politique particulièrement sensible, quelques heures après les déclarations de Félix Tshisekedi lors de sa conférence de presse du 6 mai à Kinshasa. Le chef de l’État s’y était dit disposé à briguer un troisième mandat « si le peuple le demande », tout en conditionnant l’organisation des élections de 2028 au retour de la sécurité dans les zones sous conflit.

Ces différentes prises de position montrent que la question constitutionnelle s’impose progressivement comme l’un des principaux enjeux politiques en RDC à l’approche de l’échéance électorale de 2028.

Entre stabilité et tensions politiques
À travers son intervention, le CNSA tente de repositionner le débat autour de la stabilité institutionnelle et de la préservation des acquis démocratiques. Mais dans un contexte marqué par la guerre, les tensions politiques et les spéculations autour de l’avenir du pouvoir, la question de la Constitution continue de diviser profondément la classe politique congolaise.

Les prochains mois pourraient ainsi être décisifs pour l’évolution du climat politique national et pour l’avenir du processus démocratique en RDC.

 

    admin

    Related post