Diplomatie internationale: Kagame va de provocation en provocation !

Ce week-end, Paul Kagame a surpris l’opinion dans une interview accordée le 3 avril, à l’hebdomadaire français Jeune Afrique. Il a cité directement Joseph Kabila comme associé au mouvement AFC/M23. Ce revirement, pour beaucoup d’analystes de la scène politique, vise à déplacer la responsabilité du conflit vers la sphère politique congolaise, en écho aux accusations de Félix Tshisekedi, et à relativiser l’implication du Rwanda.
Pourquoi ce revirement ?
Pour déplacer le blâme qui l‘accable au niveau international, Paul Kagame affirme que le M23/AFC est un mouvement congolais, non rwandais, et qu’il doit trouver une solution politique interne. En citant Kabila, il cherche à montrer que le problème est enraciné dans les dynamiques politiques de la RDC.
En réponse aux accusations de Félix Tshisekedi qui a régulièrement dénoncé l’appui du Rwanda au M23. Kagame retourne ainsi l’argument en mettant en avant un acteur congolais de poids pour affaiblir la thèse d’une responsabilité exclusivement rwandaise.
Dans les confidences de Kagame au magazine de Béchir Ben Yamed, l’on note avec ahurrissement que Kigali refuse de retirer ses forces malgré les engagements diplomatiques.
En associant Kabila au M23, Kagame légitime la présence militaire rwandaise comme une réponse à une menace « congolaise » plutôt qu’une ingérence. Du déjà entendu.
Implications politiques
Pour Kabila dont le nom revient brutalement au centre du débat sécuritaire, cela risque à coup sûr, de fragiliser son image et d’alimenter les suspicions sur ses réseaux dans l’Est.
Pour Tshisekedi, cette sortie médiatique de Kagame lui donne un argument paradoxal qui touche à l’existence d’un problème interne, juste pour détourner l’attention de l’implication rwandaise qu’il a toujours dénoncée.
Au niveau de la région, le discours de Kagame vient rebattre les cartes diplomatiques, compliquant les négociations régionales et les initiatives de médiation. Dès lors que cette déclaration peut non seulement accentuer les tensions Kinshasa–Kigali, mais aussi compliquer les médiations régionales. Kagame transforme avec ses déclarations, le récit dominant de « conflit importé par le Rwanda » à « crise congolaise interne », ce qui a tout pour brouiller la perception internationale.
Et le maintien des troupes rwandaises dont Kagame parle, malgré les engagements diplomatiques, est de nature à accroître le risque d’escalade militaire et donner de l’eau au moulin de Donald Trump qui le prendrait pour un affront à sa personne.
Le Journal
