Dans l’est de la RDC, les défaites militaires minent l’autorité de Félix Tshisekedi

Les revers militaires répétés de l’armée congolaise dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) renforcent les critiques contre le président Félix Tshisekedi et fragilisent sa ligne stratégique, alors que Kinshasa tente de conjuguer pression diplomatique et soutien international pour contrer les insurgés et leurs alliés présumés.
Une résolution de l’ONU, victoire diplomatique mais bénéfice stratégique limité
Le 19 décembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité une résolution prolongeant d’un an le mandat de la mission de maintien de la paix de l’ONU en RDC, la Monusco, qui compte environ 11 500 soldats et 14 000 personnes au total. Le texte demande à des pays extérieurs à la RDC, notamment le Rwanda, de cesser immédiatement tout soutien aux rebelles et de retirer leurs forces du territoire congolais.
Cette adoption intervient alors que la RDC avait considéré comme nécessaire, en juin 2024, le retrait des casques bleus du Sud-Kivu, estimant que la mission n’avait pas réussi à protéger les civils face aux avancées des rebelles du M23.
Cependant, les analystes politiques estiment que cette résolution, bien qu’importante sur le plan diplomatique, n’inverse pas la dynamique sur le terrain, où les groupes armés continuent de mener des offensives et où la présence de la Monusco reste critiquée pour son efficacité limitée.
Des revers militaires persistants dans l’est
L’est de la RDC, notamment les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, est le théâtre de combats entre les forces gouvernementales (FARDC) et le mouvement rebelle M23, actif depuis 2021 et accusé de recevoir un soutien logistique et militaire du Rwanda. Le gouvernement rwandais nie fermement l’envoi de troupes sur le sol congolais, affirmant qu’il n’y a pas de soldats rwandais présents dans la RDC, en dépit des rapports internationaux qui disent le contraire.
Malgré plusieurs processus de paix, comme les accords signés à Washington et au Qatar, et des déclarations d’intentions visant à investir dans des solutions diplomatiques, les affrontements se poursuivent.
Appui international et dépendance accrue
Face à ces défis, le pouvoir congolais s’est de plus en plus tourné vers l’appui des États-Unis, considérés comme essentiels pour faire pression diplomatiquement sur le Rwanda et d’autres acteurs étrangers. Des sanctions ciblées contre certains Rwandais impliqués dans le conflit ont déjà été mises en place par les États-Unis et l’Union européenne, mais elles restent limitées et aucune mesure coercitive globale n’a encore été appliquée.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a ainsi souligné que si la communauté internationale a reconnu l’agression rwandaise, des sanctions supplémentaires seraient nécessaires pour modifier le comportement de Kigali.
Critiques internes et pression populaire
Sur le plan interne, la stratégie de Tshisekedi est critiquée pour son ambivalence entre déclarations belliqueuses et dépendance envers des alliés externes, tels que Washington ou l’ONU, ce qui affaiblit sa crédibilité politique.
Des organisations de la société civile ont mené des marches dans le Sud-Kivu pour exiger la paix et ouvrir un dialogue, reflétant une exaspération croissante de la population face à l’insécurité persistante.
Enjeux régionaux et humanitaires
La crise dans l’est de la RDC ne se limite pas à un problème national : elle a des répercussions régionales profondes. Malgré les accords de paix signés, des combats continuent près de villes comme Uvira, suscitant des inquiétudes quant à la stabilité de la région des Grands Lacs.
Les violences ont également provoqué des déplacés internes et des réfugiés fuyant vers des pays voisins, mettant sous pression des systèmes déjà fragiles et soulignant l’urgence d’un renforcement réel de la sécurité et de l’assistance humanitaire.
La Rédaction avec Le Monde
